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Histoire de recherche

Changements climatiques et eau de puits : accroitre la résilience des communautés
Photo of Etienne Mfoumou, crouching by a well. He is wearing a jean jacket and blue latex gloves. He is holding a test tube and looking at it. In the background there is a thick crop of trees.

Environ 46 % des résidents de la Nouvelle-Écosse dépendent d’un puits privé pour leur approvisionnement en eau potable. Pour assurer une surveillance continue de l’eau de ces puits et bien préparer les communautés à répondre aux défis qui peuvent se poser, il est nécessaire d’adopter une approche globale à l’échelle de la communauté. Un groupe de recherche au Nova Scotia Community College (NSCC) collabore avec des partenaires locaux pour mettre en place une telle approche.

Pour en apprendre davantage sur ce projet, nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Etienne Mfoumou, chercheur principal à la tête du laboratoire de recherche appliquée sur les technologies d'ingénierie (Engineered Technologies Applied Research Lab) au NSCC. M. Mfoumou nous a parlé des avantages d’une approche interdisciplinaire et collaborative en recherche appliquée et des retombées du projet pour les communautés de la Nouvelle-Écosse, qui accroitront leur résilience face aux problèmes liés à l’eau de puits.

M. Mfoumou, qu’est-ce qui vous a amené à vouloir concevoir des solutions permettant d’assurer l’accès à l’eau potable?

J’ai d’abord fait des études en ingénierie, mais j’ai aussi travaillé pendant six mois dans un laboratoire de biologie où j’ai appris à manipuler les cellules. Observer le comportement des cellules au quotidien m’a permis d’acquérir des connaissances dans un domaine autre que le mien ‒ de faire en quelque sorte le pont entre l’ingénierie et la biologie. Il en a été de même dans plusieurs autres domaines, où des connaissances en ingénierie pouvaient être utiles. Je mets maintenant ces acquis en pratique dans le cadre de mes fonctions au Nova Scotia Community College, où nous appliquons des approches intégrées pour résoudre des problèmes auxquels sont confrontés le secteur privé et les communautés.

La mission de mon laboratoire est d’aider les communautés et le secteur privé à trouver des solutions aux problèmes qui se posent à eux. Je n’avais jamais pensé me spécialiser dans les questions liées à l'eau, mais je me suis laissé guider par les travaux de recherche qui se présentaient et par les résultats qui en découlaient et, de fil en aiguille, je me suis retrouvé ici.

Le projet sur lequel vous travaillez en ce moment porte sur la gestion des ressources en eau de puits dans le contexte des changements climatiques. Quels sont les effets des changements climatiques sur l’eau de puits?
 

En Nouvelle-Écosse, les effets sont importants. Les changements climatiques contribuent à plusieurs phénomènes qui peuvent rendre l’eau impropre à la consommation ou à l’irrigation.

L’un des premiers effets que l’on remarque est la diminution de la quantité d’eau disponible. La Nouvelle-Écosse connait des sécheresses de plus en plus fréquentes et importantes en raison des changements climatiques, surtout dans la région du sud-ouest. La baisse des précipitations et les périodes de sècheresse prolongées entrainent une diminution de la recharge des nappes souterraines, ce qui a un effet sur les niveaux d’eau dans les puits. Cette problématique oblige les résidents à trouver d’autres sources d’eau; c’est une préoccupation de plus en plus répandue dans les zones rurales.

On note aussi le risque accru de contamination. Lorsque les niveaux d’eau baissent dans les nappes souterraines, les concentrations de contaminants ‒ comme les bactéries, les nitrates et les métaux lourds ‒ tendent à augmenter dans l’eau des puits. Inversement, dans les périodes de précipitations intenses, il peut y avoir une infiltration des eaux de surface dans les puits, ce qui amène des contaminants provenant des pesticides et des eaux usées.

Il y a de plus le problème de l’eau salée qui s’infiltre dans les terres, une réalité que connait la Nouvelle-Écosse du fait de son emplacement géographique. Le problème se pose notamment dans les zones côtières et les régions basses, comme le long de la baie de Fundy et du littoral atlantique. L’élévation du niveau de la mer entraine l’infiltration d’eau salée à l'intérieur des terres, ce qui peut contaminer les aquifères d’eau douce. Par la pression qu’elle exerce, l’eau de mer entraine le déplacement des contaminants qui se trouvent dans le sol vers les puits. La combinaison de l’élévation du niveau de la mer et de la surexploitation des eaux souterraines dans ces régions aggrave donc ce phénomène.

Ainsi, les changements climatiques posent de sérieux défis pour la gestion durable de l’eau de puits en Nouvelle-Écosse, laquelle exige des solutions adaptées.

Vous travaillez avec un grand nombre de partenaires dans le cadre de ce projet. Pouvez-vous nous dire en quoi ces collaborations sont bénéfiques pour vos activités de recherche et, inversement, en quoi vos activités profitent à vos partenaires? 

Notre rôle en recherche appliquée est de soutenir nos partenaires dans la mise au point de solutions adaptées à leurs défis, et non de proposer des réponses toutes faites. Qu’ils soient issus du secteur privé ou de la communauté, nos partenaires comprennent souvent mieux que nous les problèmes qu’ils cherchent à résoudre. Leur participation active au processus de recherche est donc essentielle pour que les solutions mises au point soient efficaces et répondent à leurs besoins.

Dans le cadre de la mise au point et des tests du système de surveillance de l’eau, nous collaborons avec SimplyCast, une entreprise néo-écossaise spécialisée dans les solutions informatiques en communication ainsi qu’avec le service géologique du gouvernement de la Nouvelle-Écosse. Leur participation nous aide à concevoir un système qui est non seulement performant sur le plan technique, mais aussi pertinent et directement exploitable dans la vraie vie.

En retour, nos partenaires bénéficient de cet engagement collaboratif en accédant à des outils de pointe pour évaluer les risques, prendre des décisions basées sur des données fiables, et renforcer leur capacité d’intervention en temps réel face aux défis liés à l’eau.

Cette collaboration est également une source d’apprentissage pour nous. Elle enrichit notre compréhension des enjeux qu’ils rencontrent et nous aide à affiner les solutions proposées, assurant ainsi des bénéfices concrets pour toutes les parties impliquées.

Dans quelle mesure la subvention du Fonds d’innovation sociale destiné aux collèges et aux communautés (FISCC), qui fait suite à d’autres subventions que vous avez reçues du CRSNG et du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), aide-t-elle le NSCC à poursuivre la mise au point du système de surveillance de l’eau et à accroitre sa capacité à intégrer les résultats de tous les travaux de recherche réalisés?

En 2018, nous avons lancé un premier projet, qui visait à améliorer la qualité de l’eau des puits privés à Shelburne, en Nouvelle-Écosse. Le projet a mis en lumière la nécessité pressante de mieux sensibiliser la population et les décideurs municipaux aux problèmes liés à l’eau potable. Ces travaux ont mené à un vaste projet en 2020, dans le cadre duquel nous cherchions à évaluer la résilience hydrique dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, une région qui est touchée de façon récurrente par d’importantes sécheresses.

Les premiers travaux qui ont été soutenus par le CRSNG et le CRSH nous ont permis de poser des bases solides, tandis que le projet actuel, qui a été rendu possible grâce à la subvention du FISCC, nous permet de tirer parti des résultats de ces travaux. En intégrant toutes les données techniques, environnementales et sociales que nous avons recueillies, nous sommes en mesure de mettre au point une solution qui aura un effet concret à l’échelle de la Nouvelle-Écosse. Cette solution représente une avancée dans la technologie de surveillance de l’eau; elle nous permettra aussi de diffuser des connaissances sur l’eau et la gestion de cette ressource dans les communautés.

Le soutien du FISCC nous permet également d’élargir nos partenariats en incluant d’autres parties prenantes comme des gestionnaires municipaux et des équipes d’intervention. L’apport de ces partenaires permettra de faire en sorte que le système de surveillance reste souple et adapté aux besoins des communautés.

Quelle incidence ce projet aura-t-il sur les communautés de la Nouvelle-Écosse et leur capacité à résoudre les problèmes liés à l’eau de puits?

Grâce à la mise au point du système et à leur participation au projet, les communautés de la Nouvelle-Écosse auront accès à des données en temps réel sur la qualité de l’eau et la quantité d’eau dans les puits et pourront utiliser les connaissances de base qu’elles auront acquises pour interpréter les tests de qualité de l’eau.

Ce projet permettra aux propriétaires de puits d’acquérir des connaissances qui les aideront à prendre des mesures proactives, comme le nettoyage des puits, pour maintenir la qualité de leur eau. À l’heure actuelle, en Nouvelle-Écosse, les propriétaires d’un puits sont entièrement responsables de son entretien; ils doivent donc être en mesure de résoudre certains problèmes élémentaires par eux-mêmes.  

À l’échelle municipale, ce sont les décideurs qui peuvent mettre en place des solutions bénéfiques pour la santé publique. La collecte de données permettra d’améliorer l’évaluation des risques et la prise de décisions et favorisera l’élaboration de politiques et de plans d’intervention adaptés au contexte local. Tout cela aura pour effet d’accroitre la résilience des communautés face aux problèmes qui se posent.

Cette entrevue a été adaptée pour plus de concision et de clarté.

À propos d’Etienne Mfoumou

Etienne Mfoumou est le directeur du Engineered Technologies Applied Research Lab (en anglais seulement), au Nova Scotia Community College. M. Mfoumou et son équipe proposent des solutions uniques, qui sont le fruit de travaux interdisciplinaires alliant ingénierie, biologie et innovation, dans plusieurs secteurs axés sur la technologie. Le laboratoire aide les petites et moyennes entreprises de la Nouvelle-Écosse à répondre à leurs besoins particuliers et à améliorer leurs produits et services.