CRSNG

Histoire de recherche

À chaque étoile ses histoires
Photo of Laurie Rousseau-Nepton standing in front of the Canada-France-Hawaii telescope.

Derrière chaque étoile se cache plus d’une histoire : celle de sa naissance, mais aussi celle de son observation. Grâce à des instruments hautement performants, les astronomes observent les étoiles de plus en plus près pour mieux les étudier et approfondir notre connaissance de l’univers.

L’astrophysicienne Laurie Rousseau-Nepton a commencé à dresser un portrait de notre univers à l’aide du télescope Canada-France-Hawaï et de l’instrument SITELLE, utilisé au même observatoire. Depuis 2023, elle poursuit ses recherches en tant que professeure adjointe à l’Institut Dunlap d’astronomie et d’astrophysique de la University of Toronto. Mme Rousseau-Nepton nous parle de l’origine de sa passion pour l’astronomie, des nouvelles technologies qu’elle compte mettre à profit dans le cadre de ses travaux et de ce qu’elle souhaite léguer à la prochaine génération d’astronomes.

Mme Rousseau-Nepton, d’où vient votre intérêt pour l’astronomie?

Quand on est jeune, on ne sait pas qu’on peut être astronome; ce n’est pas une profession très connue. Je pense que le premier indice que j’allais devenir chercheuse, c’était ma grande curiosité. Je posais mille et une questions à mon entourage sur l’environnement et le ciel.

Je me suis d’abord intéressée à la physique, la science qui permet de comprendre à la fois l’infiniment petit et l’infiniment grand. Ma curiosité m’a ensuite amenée à vouloir comprendre l’univers, et tous les mystères qu’il recèle encore, ce qui m’a menée à l’astronomie.

Le CRSNG est fier de vous soutenir dans votre exploration de l’espace, notamment dans la mise au point d’un nouvel instrument astronomique. Comment ce nouvel instrument diffère-t-il de SITELLE? Qu’est-ce qu’il vous permettra d’observer?

L’instrument que l’on planifie construire dans mon laboratoire à la University of Toronto est un spectro-imageur à transformée de Fourier, comme SITELLE et SpIOMM, un autre instrument qui est utilisé à l’observatoire du Mont-Mégantic. Le spectro-imageur nous permet d’analyser en détail la composition d’un objet.

Ce nouvel instrument intégrera des technologies de pointe, soit des caméras très spécialisées et des détecteurs quantiques que l’on appelle MKID, l’acronyme de microwave kinetic inductance detectors. Les MKID ont la capacité unique de détecter chaque particule de lumière, une par une, de façon très précise dans le temps. Lorsqu’ils sont intégrés à un spectro-imageur, ces détecteurs permettent de décupler les capacités de l’instrument. On pourra ainsi faire, avec grande précision, des observations dans un large spectre de lumière, allant de l’ultraviolet à l’infrarouge proche.

Ce nouvel instrument nous permettra d’observer de façon plus précise des objets et des structures difficiles à détecter dans l’univers, et ce, à très haute résolution, ce qui ouvre la voie à une multitude d’études scientifiques qui exigent une grande précision.

Vous dirigez le Star-formation, Ionized Gas, and Nebular Abundances Legacy Survey (SIGNALS), un programme d’envergure internationale qui a comme objectif d’observer la formation d’étoiles dans 40 galaxies. Que souhaitez-vous pour l’avenir des données que vous recueillez dans le cadre du programme?
 

SIGNALS a comme mission de laisser un legs aux générations futures sous la forme d’une base de données unique qui nous permet d’étudier la formation des étoiles. On collecte des données sur plus de 50 000 régions de formation stellaire dans l’univers proche, c’est-à-dire que les objets sont assez proches pour que nous puissions les observer en détail.

Lorsqu’on utilise un spectro-imageur, on obtient un spectre continu sur toute la surface de l’objet observé, ce qui nous permet de faire une analyse beaucoup plus poussée que ce que l’on pourrait faire normalement. Les données que nous recueillons dans le cadre du programme nous permettent de produire un grand catalogue de toutes les régions de formation stellaire et de leurs caractéristiques, comme la composition chimique de l’environnement et les conditions locales dans la galaxie qui ont mené à la naissance des étoiles. SIGNALS nous permettra de pousser encore plus loin la recherche sur la formation stellaire.

Vous portez une attention particulière à la formation de la prochaine génération de chercheuses et chercheurs. Pourquoi est-ce important? Avez-vous un conseil à donner aux jeunes intéressés par une carrière en astronomie?

Astronome, c’est la meilleure profession au monde! C’est mon opinion personnelle, bien sûr, mais je suis persuadée qu’il y a beaucoup de jeunes qui partagent ma passion. Je trouve que c’est très important de transmettre ma passion aux jeunes de la prochaine génération parce que je veux qu’ils puissent vivre le même rêve que moi : poursuivre la carrière de leur choix et étudier les choses qui les émerveillent.

Je ne vais pas tout découvrir sur la naissance des étoiles. Il va falloir plusieurs générations de chercheuses et chercheurs après moi pour continuer le travail. Je trouve très motivant de participer à la formation des futurs astronomes et de les aider à faire le meilleur travail au monde.

En plus de vos activités de recherche, vous contribuez beaucoup à la vulgarisation scientifique. Le CRSNG a le plaisir de soutenir vos activités de promotion des sciences au moyen d’une subvention PromoScience. En quoi consiste votre projet?

Le programme À la découverte de l’univers vise à former les enseignantes et enseignants et à leur donner les outils nécessaires pour enseigner l’astronomie. Le programme offre beaucoup de ressources éducatives et comporte aussi un volet sur l’astronomie autochtone. Réalisé en lien avec ce programme, notre projet Astronomy for a Better World consiste à travailler en partenariat avec des communautés autochtones de partout au Canada qui souhaitent recevoir du soutien pour l’enseignement de l’astronomie dans leurs écoles à partir de leurs savoirs ancestraux. Le projet propose aussi l’aide d’astronomes pour créer des contenus intéressants et variés dans plusieurs langues, y compris dans des langues autochtones.

On cherche également à étendre le contenu du programme d’enseignement pour y inclure des concepts liés à l’astronomie, comme la pollution lumineuse et les questions portant sur le climat ainsi que les contextes dans lesquels l’astronomie peut être utile.

Est-ce que vos racines autochtones influencent la façon dont vous vulgarisez la science?

Dans ma communauté, le savoir est transmis à travers les histoires. Il y a une beauté et une esthétique incroyables dans la tradition orale; les histoires sont à la fois poétiques et très bien structurées, ce qui fait qu’il est facile de les retenir. Ce système de transmission du savoir s’est construit sur de nombreuses générations et a traversé le temps, des millénaires en fait, ce qui est bien la preuve de son efficacité. Cette forme de transmission intègre aussi des concepts venant de plusieurs disciplines, ce qui permet d’en apprendre sur l’astronomie en faisant le lien avec l’environnement, l’histoire, les longs voyages, par exemple.

J’utilise certains éléments de la tradition orale quand je parle de mes recherches. Je trouve très important de raconter ces histoires pour que les gens aient une vision complète de ce qu’est le travail scientifique. La recherche mène à des résultats, mais il ne faut pas oublier qu’il y a toujours une histoire qui se cache derrière, et que cette histoire a souvent commencé plusieurs générations avant nous. Je suis fière du legs de ma communauté en astronomie, et je souhaite que celui-ci soit reconnu.

Quand on présente nos découvertes sous forme d’histoires, je pense que les gens se sentent beaucoup plus proches de nous, scientifiques. La science est réalisée par des êtres humains, pour des êtres humains, et le fait de raconter des histoires permet de nous le rappeler.

Avez-vous une histoire préférée qui porte sur vos travaux?

Il y a une certaine fierté quand on recueille les premières données au moyen d’un instrument sur lequel on a travaillé pendant des années. Je pense justement au moment où nous avons mis SITELLE sur le télescope Canada-France-Hawaï pour la première fois et nous avons pu observer une nébuleuse planétaire. Toute l’équipe était là; on avait travaillé tellement fort sans savoir jusqu’au dernier moment si tout allait fonctionner. Il y a une fierté à voir une image provenant du télescope apparaître sur son écran d’ordinateur et à savoir que pendant plusieurs années, peut-être même des décennies, des chercheuses et chercheurs partout dans le monde pourront utiliser cette technologie.

C’est la fierté d’avoir découvert quelque chose, mais aussi d’accroître les possibilités de découvertes. On a réussi à concevoir un instrument unique qui permet de voir l’univers différemment.

Cette entrevue a été modifiée par souci de concision et de clarté.

À propos de Laurie Rousseau-Nepton

Après l’obtention de son doctorat en astrophysique à l’Université Laval, Laurie Rousseau-Nepton a passé plus de six ans à Hawaï pour étudier la naissance des étoiles à l’aide du télescope Canada-France-Hawaii et de l’instrument de recherche SITELLE, qu’elle a contribué à mettre au point. En 2023, Mme Rousseau-Nepton s’est jointe à l’Institut Dunlap d’astronomie et d’astrophysique de la University of Toronto en tant que professeure adjointe. Elle dirige aussi l’équipe chargée du projet SIGNALS (en anglais seulement), travaille à la conception d’instruments astronomiques et participe à de nombreuses activités de vulgarisation scientifique. En tant que première femme autochtone à obtenir un doctorat en astrophysique au Canada, elle est une inspiration pour les prochaines générations d’astronomes. Elle a à cœur d’intégrer la culture innue et les différentes façons de voir le monde dans tous les aspects de son travail. Apprenez-en plus sur le parcours de Laurie Rousseau-Nepton dans le documentaire Étoile du Nord.