Histoire de recherche
Une chercheuse de la Memorial University travaille à percer les secrets du cycle du carbone dans les océans.
Les océans jouent un rôle essentiel de régulation climatique en absorbant 25 % du carbone émis par les activités humaines, dont le dioxyde de carbone présent dans l’air. Ils nous aident ainsi à contrôler le type d’émissions les plus inquiétantes générées par les humains.
Il faut savoir que les océans du monde retiennent environ 50 fois plus de carbone que l’atmosphère. Or 97 % du carbone organique dans l’eau est dissout; on parle alors de matière organique dissoute. Celle-ci compte pour 32 fois plus de carbone que la masse carbonique contenue dans tout ce qui vit dans l’océan. Fait intéressant : on en sait très peu sur les différents agents chimiques qui composent cette matière dissoute. Il est donc difficile de connaître son rôle dans le cycle du carbone à l’échelle de la planète.
C’est là qu’intervient Mme Heather Reader, qui a vu renouveler sa chaire de recherche du Canada en chimie de l’océan et de l’atmosphère, niveau 2, à la Memorial University en juin 2024.
Sur le plan de la composition chimique, la matière organique dissoute est très complexe, et sa dynamique varie beaucoup dans les différents écosystèmes marins. En appliquant des méthodes statistiques à des ensembles de données complexes portant sur la chimie, Mme Reader élabore des méthodes judicieuses pour retracer les origines de cette matière, comprendre comment elle a interagi avec l’écosystème marin et déterminer où elle se retrouvera à l’avenir. Des systèmes côtiers au grand large, elle emploie des combinaisons novatrices d’analyses chimiques pour découvrir les secrets de la matière organique dissoute et son rôle dans le cycle du carbone des océans.
« Cette matière est très intéressante ici, dans la région », s’enthousiasme Mme Reader au sujet de l’habitat qu’elle étudie sur la côte est canadienne. « Ici, à Terre-Neuve-et-Labrador, il y a de fortes concentrations de matière organique dissoute, à la fois dans les rivières et dans les eaux côtières. Au grand large, on peut observer dans cette région de l’Atlantique Nord-Ouest des processus biologiques et physiques intéressants qui contribuent au cycle du carbone à l’échelle mondiale. »
« Je cherche à savoir d’où vient cette matière et où elle va. C’est essentiel pour connaître son rôle dans le cycle du carbone et la séquestration de carbone dans l’océan », ajoute-t-elle.
Il faut de nouvelles méthodes analytiques pour déterminer la nature chimique de ce carbone et pouvoir mieux observer les changements dans les écosystèmes marins. Lorsqu’elles seront au point, ces méthodes permettront une meilleure compréhension du rôle des océans dans la complexité de notre environnement physique.
Dans le cadre de ses travaux, Mme Reader collabore avec une collègue du département des sciences océaniques,
Une grande partie des travaux de Mme Reader s’effectuent en mer, où elle recueille des échantillons et procède à des expériences. Avec son équipe d’étudiantes et étudiants, elle a passé trois semaines dans la mer du Labrador l’an dernier pour y recueillir des échantillons de matière organique dissoute.
« Heureusement, nous avons eu du beau temps pendant 14 jours d’affilée et nous avons pu prélever tous les échantillons prévus. Nous avons à présent 300 à 400 échantillons qui serviront à l’analyse optique et à l’analyse du carbone organique. Nous y retournerons en mai cette année pour étudier la prolifération printanière et ses effets sur le cycle du carbone. »
Après une série d’annulations et de reports causés par la pandémie de COVID-19, Mme Reader et son équipe ont passé plus de temps en mer en 2024 qu’au cours des quatre années précédentes. L’équipe a aussi participé à des croisières dans l’océan Pacifique et la baie de Baffin pour cataloguer plus d’échantillons et pouvoir effectuer d’autres analyses. La chercheuse mentionne que la désignation de titulaire d’une chaire de recherche du Canada ouvre des possibilités en matière de recherche et contribue à la réputation et au rayonnement de la Memorial University.
« Ce programme est formidable, et je suis très reconnaissante de voir que cette chaire a été renouvelée. Cela signifie que tout le travail que j’ai fait avec mes étudiantes et étudiants a été reconnu par nos pairs. »
Mme Reader a à cœur de soutenir ses étudiantes et étudiants et de valoriser leurs réussites. Elle tient aussi à s’assurer d’une représentation équitable parmi ceux qu’elle emploie dans le cadre du programme d’expérience de carrière au premier cycle de la Memorial University. Elle en supervise actuellement sept qui étudient aux cycles supérieurs et deux au premier cycle.
Elle trouve inspirant de les voir « faire leur truc » et rédiger leur thèse pour ensuite se lancer dans leur carrière.
Mme Reader souhaite aussi profiter de sa tribune pour contribuer au prestige de la Memorial University dans le domaine de la recherche.
« Il y a plusieurs titulaires de chaires de recherche du Canada à l’université et une foule de chercheuses et de chercheurs qui font un travail extraordinaire. Je peux faire connaître non seulement mes propres travaux, mais tout ce qui se fait ici. »
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Le présent article a été adapté, traduit et publié avec l’autorisation de la