Histoire de recherche
Le bilinguisme présente de nombreux avantages sur les plans cognitif et social, dont celui de renforcer les compétences complexes comme la résolution de problèmes et la capacité d’effectuer plusieurs tâches simultanément. Et dans le monde interconnecté dans lequel nous vivons, le fait de pouvoir communiquer dans plusieurs langues est certainement un atout précieux.
Par le passé, lorsqu’un enfant avait de la difficulté à communiquer en raison de troubles neurodéveloppementaux ou psychiatriques (comme le trouble du spectre de l’autisme ou de la schizophrénie), le milieu médical avait souvent tendance à déconseiller aux parents de l’élever dans un environnement bilingue.
Aujourd’hui, la chercheuse
La Pre Jouravlev explique qu’en ne permettant pas à ces enfants d’apprendre une deuxième langue, on les prive d’avantages dont jouissent leurs camarades neurotypiques. Qui plus est, le bilinguisme pourrait les aider à combler des déficits cognitifs associés à leur état.
En partenariat avec le Royal, centre de santé mentale d’Ottawa, les chercheuses et chercheurs du laboratoire sur la
Le projet n’est pas terminé, mais les premiers résultats semblent indiquer que les personnes bilingues comprendraient mieux l’état mental et émotionnel des autres.
Le fait de grandir dans un environnement bilingue favorise la capacité d’interpréter le langage non verbal. Lorsqu’une personne bilingue ne maîtrise pas la langue comme une locutrice ou un locuteur qui s’exprime dans sa langue maternelle, elle s’appuie davantage sur le regard, les expressions faciales et d’autres signes non verbaux pour comprendre pleinement le message.
« Cela demande un contact visuel soutenu et une observation attentive, souligne la Pre Jouravlev. Les personnes développent ainsi des compétences sociales et apprennent à adapter continuellement leur façon de communiquer. »
En passant d’une langue à l’autre, les enfants polyglottes apprennent aussi à reconnaître les différences entre les codes sociaux. La Pre Jouravlev, elle-même trilingue, a pu constater de première main les avantages de parler couramment plusieurs langues, notamment en ce qui concerne le « multitâche ».
« Quand on connaît plusieurs langues, elles demeurent actives dans notre esprit en tout temps. Le cerveau apprend à les gérer simultanément, et les bienfaits de cet entraînement se répercutent dans d’autres domaines. Si on me demande d’effectuer plusieurs tâches en parallèle, j’aurais moins de mal à le faire qu’une personne unilingue. »
Cette maîtrise de fonctions cognitives peut aussi avoir des effets positifs sur la gestion de symptômes.
« Plusieurs études de cas ont montré que certaines personnes atteintes de schizophrénie ne présentent des symptômes (comme des hallucinations) que lorsqu’elles baignent dans leur langue maternelle. Quand elles sont immergées dans leur langue seconde, leur cerveau travaille si fort pour décoder les messages qu’il n’a plus autant de ressources pour générer des hallucinations. »
Il y a aussi d’importants bienfaits émotionnels pour les enfants dont la langue parlée à la maison n’est pas celle de leur collectivité.
« Auparavant, on conseillait souvent aux familles parlant deux langues à la maison de n’utiliser que la langue de la communauté », explique la chercheuse.
Pour les proches dont la langue maternelle n’est pas la langue de la majorité, cela peut créer des problèmes : il y a souvent moins de nuances et de profondeur dans leur façon d’interagir avec l’enfant, ce qui a des conséquences sur leur lien affectif avec celui-ci.
« Dans de tels cas, les enfants sont privés de l’importante composante affective de l’apprentissage du langage, laquelle est nécessaire à leur développement. »
Olessia Jouravlev espère que lorsque son étude sera terminée, les résultats fourniront aux familles et aux médecins des lignes de conduite claires, fondées sur des données probantes.
« Je souhaite que les proches et le personnel médical comprennent que la connaissance de plusieurs langues ne nuit pas à la communication. Au contraire, elle peut être un atout qui, à notre avis, pourrait aider les personnes vivant avec un trouble du spectre de l’autisme ou de la schizophrénie. »
Cet article a été traduit et adapté avec l’autorisation de la
Crédit photo : Brenna Mackay