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Histoire de recherche

Lien entre la prolifération du vibrion chez les huîtres des Maritimes et les changements climatiques
Image d’huitres sur une plage

Une nouvelle étude réalisée par une équipe de recherche regroupant des scientifiques du milieu universitaire et de l’administration publique montre que les concentrations de la bactérie marine Vibrio parahaemolyticus (vibrion) dans le golfe du Saint-Laurent ont augmenté parallèlement à la hausse des températures de l’eau au cours des 25 dernières années.

Pour les ostréicultrices et ostréiculteurs déjà aux prises avec des maladies comme la maladie de la sphère multinucléée inconnue (MSX) et la perkinsose (ou dermo), ce phénomène constitue une nouvelle menace sur le plan financier.

La MSX est une maladie causée par le parasite Haplosporidium nelsoni, tandis que la perkinsose est causée par le parasite Perkinsus marinus. Ces maladies ne présentent aucun danger pour l’humain, mais elles peuvent fragiliser les huîtres, ralentir leur croissance, accroître leur taux de mortalité et causer des ravages dans les élevages d’huîtres.

Le vibrion, en revanche, n’affecte pas les huîtres, mais peut provoquer de graves intoxications alimentaires chez les personnes qui consomment des fruits de mer crus ou insuffisamment cuits qui sont contaminés. Pour les ostréicultrices et ostréiculteurs, cela peut entraîner la fermeture de certaines zones de récolte, l’imposition d’exigences strictes pour ce qui est de la manutention des huîtres et la perte de la confiance des consommatrices et consommateurs, autant de facteurs susceptibles de leur causer un préjudice financier.

« Ce n’est que depuis 2017 environ que l’Agence canadienne d’inspection des aliments surveille la présence du vibrion dans les Maritimes, mais les ostréicultrices et ostréiculteurs nous disaient depuis un certain temps déjà qu’il y avait un problème », explique William Chapman, auteur principal de l’étude et étudiant à la maîtrise à l’Université McGill. « Je déteste avoir à leur communiquer une autre mauvaise nouvelle, car les dernières années ont déjà été difficiles pour eux. Mais le vibrion risque de devenir de plus en plus problématique. »

Les huîtres constituent la cause la plus courante d’intoxication alimentaire au vibrion chez l’humain, car elles sont souvent consommées crues. Si la concentration de cette bactérie est trop élevée, les huîtres sont considérées comme impropres à la vente.

Les populations de vibrion augmentent et se répandent vers le nord à mesure que l’océan Atlantique se réchauffe en raison des changements climatiques. Lorsque la surveillance a débuté en 2017, il n’y avait pas de façon de savoir si le vibrion était nouvellement arrivé dans la région ou si sa présence était simplement passée inaperçue jusque-là.

L’étude a récemment été publiée dans la revue Global Change Biology Communications (en anglais seulement). Les chercheurs ont repris les résultats des analyses récentes de l’Agence canadienne d’inspection des aliments pour élaborer un modèle informatique permettant d’établir des liens entre les concentrations de vibrion, la température de l’eau et d’autres conditions environnementales. Ils ont ensuite utilisé des données environnementales recueillies depuis 1998 pour mesurer l’évolution du risque lié au vibrion dans le golfe au fil des ans. Ils ont constaté une augmentation considérable de ce risque, qu’ils ont attribuée au réchauffement des températures océaniques.

« Aucune région ni aucun secteur d’activité n’est à l’abri des changements climatiques. Cet organisme marin est annonciateur des nombreux défis auxquels le secteur de l’aquaculture devra faire face à mesure que le climat évolue », affirme Josh Kurek, Ph. D., coauteur de l’étude et professeur agrégé en sciences de l’environnement à la Mount Allison University. « Les changements climatiques feront des gagnants et des perdants. Malheureusement, si on ne s’en occupe pas, la prolifération du vibrion représente un risque réel pour la santé humaine comme pour l’avenir de cette activité comme moyen de subsistance. »

Malgré les défis qu’elle met en lumière, cette étude offre peut-être une lueur d’espoir.

« Notre étude peut aider les acteurs du secteur à se préparer et à atténuer les répercussions que pourrait entraîner la prolifération du vibrion à mesure que les océans continuent de se réchauffer », indique Jeff Clements, coauteur de l’étude et chercheur scientifique pour Pêches et Océans Canada à Moncton. Par exemple, les résultats de l’étude pourraient aider les éleveuses et éleveurs d’huîtres à mieux prévoir les périodes où le vibrion présente un risque accru et à adapter leurs activités en conséquence.

Cette recherche a été financée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

Cet article a été adapté, traduit et publié avec l’autorisation de la Mount Allison University (en anglais seulement).

Photo : JC Clements