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Histoire de recherche

Musique et rythme naturel : une solution à la douleur
Personne qui porte des écouteurs, assise sur une chaise et recevant une injection intraveineuse.

La musique est plus à même de soulager la douleur lorsque son tempo s’harmonise à notre rythme naturel. C’est ce qu’a découvert une équipe de recherche de l’Université McGill.

Cette découverte laisse croire qu’il est possible d’atténuer la douleur ressentie en ajustant le tempo d’une pièce de musique que nous aimons à notre rythme interne. La découverte a fait l’objet d’un article publié récemment dans Pain, la plus importante revue dans le domaine de la recherche médicale sur la douleur.

On se sert de la musique pour soulager la douleur depuis des siècles, mais ces dernières années, on s’intéresse aussi à l’effet bénéfique qu’elle peut avoir dans le traitement de maladies et autres problèmes de santé. Les scientifiques sont fascinés par les possibilités qu’offre la musique pour le soulagement des symptômes ‒ qu’il s’agisse de la maladie de Parkinson, des accidents vasculaires cérébraux ou encore de la douleur chronique. Mais ils en savent très peu sur les mécanismes qui produisent les effets observés.

« Très peu d’études ont été menées sur des paramètres précis de la musique pour arriver à comprendre son effet sur le cerveau », explique Mathieu Roy (en anglais seulement), professeur agrégé au Département de psychologie de l’Université McGill et coauteur principal de l’article.

« Par le passé, certaines personnes croyaient que la musique apaisante ou relaxante était la plus efficace dans le traitement de la douleur », précise Caroline Palmer (en anglais seulement), professeure distinguée James-McGill en neurosciences cognitives de la performance au Département de psychologie et coautrice principale de l’article. « Mais les données n’étaient pas suffisamment précises. Nous avons donc essayé de déterminer si le tempo – c’est-à-dire la vitesse d’exécution, qui est un élément clé de la musique – pouvait avoir une incidence sur la réduction de la douleur. »

Les recherches antérieures ont montré que lorsque nous parlons, chantons, jouons d’un instrument ou battons simplement la mesure, nous faisons appel à un rythme qui nous est propre : celui auquel nous sommes le plus sensibles et qui nous vient naturellement. On pense que ce rythme – qu’on appelle taux de production spontané – pourrait être lié à notre rythme circadien.

« Il est possible que les oscillations neuronales qui définissent notre rythme naturel soient plus facilement influencées lorsque le tempo de la musique est proche de ce rythme », explique M. Roy. « Elles s’adaptent au tempo et, du coup, s’éloignent des fréquences associées à la douleur. »

Pour déterminer si le fait d’écouter de la musique dont le tempo correspond à notre rythme interne aide à soulager la douleur, l’équipe de recherche de McGill a comparé les réactions de 60 personnes (dont certaines étaient musiciennes) chez qui on avait provoqué une douleur de faible intensité. Les personnes ont été testées selon divers scénarios ‒ d’abord en silence, puis pendant qu’elles écoutaient de la musique dont le tempo avait été ajusté en fonction de leur rythme naturel ou selon un rythme légèrement plus lent ou plus rapide.

Précisons que pour déterminer le rythme naturel des personnes, l’équipe de recherche a invité chacune d’elle à battre spontanément la cadence de la comptine Twinkle, Twinkle, Little Star sur une tablette tactile en suivant le tempo qui lui convenait (chaque battement dictant la prochaine séquence de la mélodie).

Sur une période de 30 minutes, les personnes ont été soumises à 12 séries de tests. Dans le cadre de ces tests, une chaleur d’intensité variable était transmise à de petit timbres apposés sur leurs avant-bras pendant des séquences de 10 secondes entrecoupées de pauses plus ou moins longues. Les personnes se trouvaient alors en silence ou écoutaient une mélodie inconnue, dans un style qu'elles avaient choisi, jouée à divers tempos (selon leur rythme interne, 15 % plus rapidement ou 15 % plus lentement). Après chaque série de tests, les sujets devaient évaluer la douleur ressentie. La douleur la plus aiguë s’apparentait à la sensation que l’on ressent lorsqu’on saisit une tasse trop chaude, précise M. Roy.

L’équipe de recherche a constaté que, par opposition au silence, la musique réduisait considérablement l’intensité de la douleur ressentie, et ce, quel qu’en soit le style ou le tempo. L’équipe a également fait une découverte majeure : plus le tempo de la musique s’approche du rythme naturel de la personne, plus la sensation de douleur diminue.

Comme prochaine étape, l’équipe a indiqué vouloir recourir à l’électroencéphalographie pour mesurer l’activité neuronale et confirmer que celle-ci se synchronise au tempo de la musique. L’équipe espère en outre pouvoir valider ses conclusions auprès de personnes souffrant de douleurs chroniques ou de douleurs causées par des interventions médicales.

Le présent article a été adapté, traduit et publié avec l’autorisation de l’Université McGill.