CRSNG

Histoire de recherche

Rapprocher l’humain et la machine dans l’agriculture moderne
Portrait of Danny Mann

Bien avant que les machines autonomes ne commencent à transformer l’agriculture moderne, Danny Mann (Ph. D) explorait ce que de nombreux spécialistes du domaine avaient jusque-là négligé. Tandis qu’une grande partie de la recherche sur l’automatisation portait sur l’amélioration des machines, lui s’intéressait plutôt aux personnes qui les utilisent. Il était curieux de savoir comment les agricultrices et agriculteurs s’y prenaient pour s’adapter à un univers technologique en constante évolution.

De nos jours, les tracteurs autonomes et les systèmes agricoles intelligents font plus que jamais partie du quotidien de l’agricultrice ou l’agriculteur moyen. Dans ce contexte, les travaux de M. Mann se distinguent du fait qu’ils se portent sur le passage de l’agriculture traditionnelle à l’agriculture moderne et sur la manière dont l’humain et la machine s’adaptent l’un à l’autre au fil de l’évolution. Grâce à des décennies de recherche d’avant-garde et au soutien continu du CRSNG, M. Mann a contribué à façonner non seulement l’avenir des technologies agricoles, mais aussi les questions que se posent les ingénieures et ingénieurs qui les conçoivent.

M. Mann, vous avez consacré toute votre carrière au génie agricole. Qu’est-ce qui a suscité et nourri votre intérêt pour ce domaine?

Je dirais que c’était une suite d’événements intéressants. Pour moi, tout a commencé grâce à mon professeur de physique et de chimie au secondaire. J’ai grandi dans une ferme d’une petite communauté du Manitoba, et ce professeur encourageait beaucoup d’élèves de ma localité à envisager des études en génie à l’Université du Manitoba, ce que j’ai fait.

Par pur hasard, le fils des anciens propriétaires de notre ferme familiale était le chef du département de génie agricole de l’Université du Manitoba. Lorsque je l’ai rencontré pour la première fois en 11e année, il m’a parlé de ce domaine et m’a convaincu qu’il s’agissait d’un excellent choix de carrière.

J’ai grandi dans la même maison que lui et, plusieurs années plus tard, je me suis retrouvé dans le même département. C’est un peu comme si j’avais hérité du gène du génie agricole dans la maison où j’ai grandi.

Vos recherches actuelles portent sur les interactions entre l’humain et la machine, et plus précisément les machines agricoles autonomes. Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser en particulier à l’expérience humaine?

En passant en revue la littérature pour préparer ma première demande de subvention à la découverte du CRSNG, je me suis rendu compte que les gens parlaient de tracteurs sans conducteur depuis deux décennies. Les articles portaient tous sur la technologie qui permettrait à ces machines de voir le jour. Pour ma part, je voulais faire quelque chose que personne d’autre ne faisait, ce qui m’a amené à m’intéresser au système dans son ensemble. J’ai compris qu’avant qu’on ne développe une machine entièrement autonome, les avancées technologiques seraient progressivement intégrées aux machines existantes, et que cela aurait une incidence sur les agricultrices et agriculteurs qui les utilisent.

J’ai choisi d’axer ma carrière en recherche sur l’ergonomie et sur des questions différentes : avec l’intégration de technologies de plus en plus avancées, qu’adviendra-t-il de la charge de travail de celles et ceux qui utilisent la machinerie agricole? Quelles conséquences ces technologies auront-elles sur l’exécution de leurs tâches? Au cours des 25 dernières années – toute ma carrière de chercheur, en fait – je me suis intéressé, non pas aux machines autonomes comme telles, mais plutôt à chacune des étapes de transition qui ont mené à cette nouvelle technologie.

Lorsqu’on pense à la machinerie agricole autonome, il y a quatre principaux modèles. Le premier ressemble aux tracteurs actuels, mais il est automatisé et nécessite toujours la présence d’un humain au volant. Le deuxième est une machine capable de travailler dans un champ sans cabine ni conductrice ou conducteur. Le troisième modèle, qui se développe actuellement au Canada, intègre l’unité motrice directement dans la pièce d’équipement au lieu que celle-ci soit tirée par un tracteur. Enfin, le quatrième concept mise plutôt sur une flotte de petites machines qui accomplissent chacune une tâche distincte au lieu d’une seule grande machine autonome qui peut tout faire. L’industrie développe actuellement chacun de ces types de machines, mais nous ne savons toujours pas lequel de ces modèles finira par s’imposer.

Selon vous, quelles incidences auront vos travaux de recherche sur l’activité agricole au Canada, et même au-delà de l’agriculture? 

Nombre de mes collègues de la faculté de l’agronomie et des sciences de l’alimentation de l’Université du Manitoba mènent des programmes de recherche qui débouchent sur des solutions pratiques qu’appliquent les agricultrices et agriculteurs. Mes travaux sont un peu différents. Ils servent plutôt aux fabricants de machinerie agricole. Il a jusqu’ici été difficile de collaborer avec l’industrie, mes travaux étant peut-être un peu en avance sur leur temps. Or, comme la technologie d’aujourd’hui se rapproche de l’automatisation, j’ai l’impression qu’on reconnaît de plus en plus le type de recherche que je fais.

Je crois que ma plus grande contribution au domaine tient au fait que mes anciens étudiants et étudiantes, qui travaillent aujourd’hui dans le secteur, abordent différemment la question de la main-d’œuvre et de la conception des machines autonomes : elles et ils considèrent la machine comme faisant partie d’un système et s’attardent à la manière dont l’humain et la machine interagissent.

Votre lien avec le CRSNG remonte aux années 1990, lorsque vous avez reçu pour la première fois une bourse de recherche de premier cycle. Vous avez ensuite reçu de nombreuses subventions à la découverte ainsi que d’autres subventions du CRSNG. Pouvez-vous décrire l’effet que ce soutien régulier a eu sur votre programme de recherche?

Mon succès en tant que chercheur peut être largement attribué au financement continu que j’ai reçu du CRSNG sous forme de subventions à la découverte. Cela m’a permis de mener des travaux de recherche qui répondaient, bien en amont, aux besoins de l’industrie. Cela montre que mes travaux n’étaient pas uniquement liés aux intérêts de l’époque; ils ont permis des avancées qui ont pu être appliquées à mesure de l’évolution de l’industrie.

Les subventions d’engagement partenarial du CRSNG m’ont plus tard permis de collaborer avec des entreprises intéressées par mon travail, mais qui n’étaient pas en mesure de verser un financement de contrepartie à l’une de ces subventions. Ces subventions m’ont donné l’occasion de faire connaître nos travaux aux entrepreneures et entrepreneurs du secteur privé.

Vous êtes aussi actif en tant que formateur. Pourquoi la formation de personnel hautement qualifié est-elle un élément important de votre programme de recherche?

Ces dernières années, j’ai mis au point un cours de cycle supérieur qui se veut une sorte de leçon d’histoire qui aborde les travaux que j’ai menés au cours des 20 dernières années sur l’incidence des technologies de guidage sur les utilisatrices et utilisateurs de machines. Je souhaite transmettre ce que j’ai appris à un plus grand nombre de personnes, non seulement à celles et ceux qui travaillent actuellement dans mon laboratoire, mais aussi à tous les étudiants et étudiantes en génie des biosystèmes. Ce cours est une belle occasion de partager mes connaissances et permet aux étudiantes et étudiants d’apprendre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas dans un environnement de recherche. Je crois que celles et ceux qui ont travaillé avec moi transposent cette façon de penser sur le marché du travail, ce qui est un effet positif important de mon travail.

Le conseil que je donnerais à la prochaine génération de chercheuses et de chercheurs dans mon domaine serait le suivant : si vous croyez sincèrement que vos travaux sont avant-gardistes et qu’ils pourront un jour être utiles, ne vous inquiétez pas trop si l’industrie ne semble pas aujourd’hui en reconnaître la valeur. C’est la raison d’être du programme de subventions à la découverte du CRSNG. Il est toujours tentant de s’intéresser à ce qui est présentement en vogue, mais si vous avez une vision, si vous pensez avoir une idée qui sera un jour bien utile au secteur, persévérez!

Cette entrevue a été traduite et adaptée par souci de concision et de clarté. 

M. Danny Mann (Ph. D)

Danny Mann (Ph. D) est professeur et directeur du département de génie des biosystèmes à la faculté de l’agronomie et des sciences de l’alimentation de l’Université du Manitoba. Il cherche actuellement à mieux comprendre les problèmes liés à la surveillance à distance des machines agricoles autonomes afin d’aider à concevoir une interface qui faciliterait l’échange d’informations entre la machine autonome et la personne qui en assure la surveillance.

Crédit photo : Beenuka Pivithuru