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Histoire de recherche

Redonner aux médicaments leur efficacité
Michael Woods, Jennifer Geddes-McAlister et Davier Gutierrez-Gongora dans un laboratoire.

Pour les personnes qui ont un système immunitaire affaibli, les infections fongiques sont souvent fatales. Elles sont aussi devenues plus difficiles à traiter en raison de l’utilisation généralisée de médicaments antifongiques en médecine et en agriculture, qui a ouvert la voie à l’émergence de souches pharmacorésistantes mortelles.

À titre d’exemple, on attribue au champignon Cryptococcus neoformans environ 110 000 décès causés par la méningite cryptococcique chaque année. À l’échelle mondiale, un décès des suites du sida sur cinq est dû à une infection cryptococcique. Ces infections touchent particulièrement l’Afrique subsaharienne, où le fluconazole – un médicament antifongique peu coûteux et populaire – est très souvent utilisé comme traitement. Toutefois, la résistance aux antifongiques réduit l’utilité de ce médicament.

Plutôt que de chercher de nouveaux antifongiques, des chercheuses et chercheurs de la University of Guelph ont opté pour une stratégie différente : rétablir l’efficacité des médicaments déjà sur le marché en contrant la résistance à ces médicaments.

« Les médicaments actuellement offerts sont sur le marché depuis de nombreuses années. On connaît leur fonctionnement et leurs interactions dans le corps humain, et bon nombre d’entre eux sont facilement accessibles partout dans le monde », explique Jennifer Geddes-McAlister (en anglais seulement), titulaire de la chaire de recherche du Canada en protéomique des maladies fongiques dans l’approche « Une seule santé » et professeure au département de biologie moléculaire et cellulaire (en anglais seulement) de la University of Guelph. « Si on arrivait à rendre les souches fongiques à nouveau sensibles aux médicaments, on n’aurait pas besoin de découvrir de nouvelles molécules. »

Dirigée par Michael Woods, étudiant au doctorat, et Arianne Bermas, titulaire d’une maîtrise ès sciences, l’équipe de recherche de Mme Geddes-McAlister a d’abord tenté de comprendre les changements qui s’opèrent dans les cellules fongiques lorsqu’elles développent une résistance. En comparant les souches de C. neoformans résistantes et non résistantes, l’équipe a découvert six protéines qui présentaient un intérêt, dont une connue sous le nom de ClpX, qui joue plusieurs rôles importants dans la survie du champignon.

L’équipe a ensuite supprimé l’expression de la protéine ou bloqué son action à l’aide d’un produit chimique connu sous le nom de composé 334, et a pu traiter au fluconazole des cellules immunitaires ainsi que des souris infectées par le champignon modifié. Les résultats de l’étude ont été publiés en juillet 2025 dans la revue Nature Communications (en anglais seulement).

Un pas de plus vers un traitement efficace

Afin de déterminer le potentiel du composé 334 comme traitement pour les infections à C. neoformans, Kerry Woolnough, étudiante au doctorat en bio-informatique qui travaille avec l’équipe de Mme Geddes-McAlister, se sert de l’apprentissage machine pour adapter le produit chimique afin qu’il cible la protéine ClpX des cellules fongiques sans endommager les cellules humaines.

Outre la protéine ClpX, l’équipe de Mme Geddes-McAlister analyse également quatre autres protéines qui pourraient peut-être permettre de contrer la résistance au fluconazole de C. neoformans. Si l’étude est concluante, ces stratégies pourraient faire en sorte de rétablir l’efficacité d’un médicament peu coûteux et accessible pour le traitement des infections fongiques.

Cet article a été adapté, traduit et publié avec la permission de la University of Guelph (en anglais seulement).