CRSNG

Histoire de recherche

Une équipe de recherche a découvert un répulsif à tiques tout à fait naturel
Photo rapprochée de mains qui portent des gants bleus et placent des tiques dans une éprouvette.

Une étude menée par des chercheuses et chercheurs de la Acadia University a permis de mieux comprendre comment l’huile essentielle de citronnelle réduit la capacité des tiques à pattes noires à détecter les humains. Les résultats publiés dans Current Research in Insect Science [en anglais seulement] par Nicoletta Faraone, Ph. D., Luis Anholeto, Ph. D., Kirk Hillier, Ph. D., et Kayla Gaudet, M. Sc., pourraient ouvrir la voie à la conception de répulsifs naturels efficaces contre les tiques, une solution de rechange sécuritaire aux produits chimiques synthétiques, comme le diéthyltoluamide (aussi appelé « DEET »).

On sait que les tiques à pattes noires sont porteuses d’agents pathogènes susceptibles de provoquer des maladies invalidantes chez l’humain, comme la maladie de Lyme. Ces insectes se servent principalement de leur appareil olfactif pour localiser leurs hôtes. Comme ils ne sont pas dotés d’yeux, ils dépendent presque exclusivement de l’odorat pour trouver leur nourriture.

L’étude a révélé que l’exposition à l’huile essentielle de citronnelle nuit à la capacité des tiques de détecter les odeurs humaines, ce qui les rend « aveugles » aux hôtes potentiels. Les recherches menées à la Acadia University – qui portaient précisément sur des tiques porteuses de la maladie de Lyme – révèlent que l’huile essentielle de citronnelle agit de deux façons : en plus de masquer les odeurs humaines qui attirent ces insectes (comme le dioxyde de carbone et l’acide butyrique), l’huile a un effet répulsif qui nous rend peu appétissants.

C’est Mme Nicoletta Faraone, professeure agrégée au département de chimie de la Acadia University, qui a dirigé les travaux de recherche. Elle explique l’importance des résultats obtenus par son équipe, et en quoi ceux-ci ouvrent la voie à des solutions pratiques que les gens pourraient intégrer à leur vie quotidienne.

« Les tiques exposées à l’huile essentielle de citronnelle sont moins portées à nous grimper dessus, et les plus téméraires sont beaucoup moins susceptibles de nous mordre, explique Mme Faraone. La tique sera probablement repoussée ou désorientée au point de tomber. »

L’un des aspects les plus intéressants de cette recherche réside dans le potentiel de l’huile essentielle de citronnelle comme substitut naturel du DEET, le répulsif synthétique le plus couramment utilisé. Bien que le DEET soit efficace, on l’associe à des problèmes d’ordre environnemental et sanitaire, comme son possible effet toxique sur la vie aquatique ou irritant sur la peau chez l’humain.

« L’huile essentielle de citronnelle est non seulement efficace, mais aussi écologique, précise Mme Faraone. Cette solution gagnante permet de se protéger des tiques sans les effets négatifs des produits chimiques synthétiques. »

Pour le commun des mortels, cette découverte offre un moyen sécuritaire et naturel de se protéger contre les tiques. En prime : l’huile essentielle de citronnelle repousserait aussi les moustiques.

Mais avant de commencer à asperger tout le monde de cette huile naturelle, sachez que Mme Faraone rappelle que son étude a été réalisée en laboratoire, dans un environnement contrôlé, et que les résultats pourraient ne pas être reproductibles dans la nature.

Si elle admet que les versions diluées ou composées d’huile essentielle de citronnelle sont largement considérées comme sans danger et bénéfiques pour la plupart des gens, « il faut d’abord les tester sur une petite partie de la peau afin de s’assurer qu’elles ne provoquent pas d’irritation ou de réaction ».

En fait, certaines huiles essentielles peuvent être toxiques pour les animaux de compagnie, comme les chats et les chiens; les propriétaires devraient donc consulter une ou un vétérinaire avant d’utiliser un répulsif en présence d’animaux.

Les recherches sur les tiques réalisées à la Acadia University ont déjà eu des répercussions positives sur la communauté locale grâce à une collaboration avec AtlanTick Repellent Products, une entreprise de la Nouvelle-Écosse qui fabrique des produits offrant aux familles et aux animaux de compagnie une protection naturelle contre les tiques et les insectes.

Cherchant à aider les entreprises locales à générer des avantages financiers, économiques, scientifiques et sociaux pour les communautés régionales, l’Office of Industry and Community Engagement [en anglais seulement] de la Acadia University cultive la relation avec AtlanTick. Depuis 2017, Mme Faraone participe au développement et à l’optimisation des formules de répulsifs naturels de l’entreprise, notamment en veillant à ce que les produits soient conformes aux normes rigoureuses de Santé Canada en matière d’innocuité et d’efficacité. Aujourd’hui, Mme Faraone et son équipe continuent d’étudier de nouveaux produits et d’élargir les applications et les formules de la marque AtlanTick.

Ces travaux ne sont que quelques exemples de ce qui positionne la Acadia University au premier plan de la recherche sur les tiques. Les populations de tiques et les cas de maladie de Lyme étant en hausse, ces recherches prennent de plus en plus d’ampleur.

Mme Faraone et son équipe ont commencé à étudier plus en profondeur les systèmes chimiosensoriels des tiques, y compris ceux d’autres espèces présentes dans les Maritimes. Grâce à la subvention à la découverte du CRSNG ainsi qu’aux subventions conjointes du CRSNG (Alliance) et de Mitacs (Accélération) et à la contribution équivalente de AtlanTick, Mme Faraone et le chercheur postdoctoral Lui Anholeto étudient maintenant l’incidence des conditions environnementales, notamment la température et l’humidité, sur le comportement des tiques en vue d’évaluer les effets possibles du réchauffement climatique. Ces recherches pourraient déboucher sur des stratégies de lutte contre les tiques encore plus efficaces à l’avenir.

Cet article a été adapté, traduit et publié avec la permission de la Acadia University [en anglais seulement].